Dans le flot continu des animes japonais, rares sont les œuvres chinoises qui parviennent à se faire une vraie place. Bai Yao Pu (The Manual of Hundred Demons ou 百妖谱) fait partie de ces pépites qu’on découvre presque par hasard, mais qui laissent une trace durable. Pas de shonen survitaminé ici, pas de clichés usés jusqu’à la corde. Ce donghua te plonge dans un monde où humains et démons cohabitent, parfois dans la douleur, souvent dans l’incompréhension. Mais ce n’est pas une histoire de baston. C’est un voyage. Spirituel, émotionnel, étrange.
Tao Yao, une médecin vagabonde, traverse les contrées pour soigner les maux, qu’ils soient physiques ou de l’âme. Avec son compagnon Mo Ya, et plus tard Liu Gongzi, elle explore les histoires de ces êtres qu’on appelle « démons », mais qui ne sont peut-être pas si différents de nous.
Fiche technique & origine
Bai Yao Pu est à la base un roman écrit par Ke Xue Jun, une autrice chinoise spécialisée dans les récits de fantasy surnaturelle. Il a été adapté en donghua (anime chinois) par le studio Haoliners Animation League.
La première saison a été diffusée en 2020, et compte 12 épisodes. Deux autres saisons ont suivi, chacune continuant les pérégrinations de Tao Yao. Le style est unique : une animation à la fois sobre et poétique, servie par une narration lente et méditative.
C’est un format court, mais riche. On peut le voir sur des plateformes comme Bilibili ou YouTube avec des sous-titres, bien que peu de services de streaming occidentaux le proposent officiellement.
Synopsis
Tao Yao n’est pas une héroïne classique. C’est une femme énigmatique, calme, un brin cynique. Elle ne cherche ni la gloire, ni la vérité universelle. Elle soigne. Démons, esprits, humains — tout ce qui souffre, elle l’écoute.
À ses côtés, Mo Ya, un jeune garçon mi-homme mi-bête, qui la suit comme une ombre silencieuse. Puis vient Liu Gongzi, un noble mystérieux, atteint d’un mal invisible. Ensemble, ils traversent villes et villages, rencontrent des créatures oubliées, écoutent des récits de souffrance et de rédemption.
Chaque épisode est une histoire autonome, une sorte de fable fantastique où l’on ne sait jamais vraiment qui est le monstre.
Analyse des thématiques
Bai Yao Pu parle de démons, oui. Mais ce serait une erreur de croire qu’il s’agit simplement de folklore ou de mythes chinois mis en image. Ce donghua creuse beaucoup plus profond.
Les « démons » qu’on y rencontre sont souvent le miroir de nos propres douleurs humaines. Un esprit qui pleure son amour perdu. Une créature rongée par la culpabilité. Un monstre rejeté par la société alors qu’il n’a rien fait de mal.
C’est une méditation sur l’empathie, sur ce qui fait de nous des êtres humains — ou non. Tao Yao n’est pas là pour juger. Elle écoute, observe, et propose une guérison qui n’est pas toujours physique.
La spiritualité est omniprésente. La médecine devient un outil de dialogue entre les mondes. La narration lente, presque silencieuse par moments, pousse à l’introspection. C’est un anime à ressentir, pas à binge-watcher.
Qualités artistiques
Visuellement, Bai Yao Pu n’essaie pas d’en mettre plein la vue. Et c’est justement là que ça marche. L’animation est douce, presque minimaliste parfois, mais elle respire. Chaque plan est pensé, chaque mouvement a du sens. Les décors s’inspirent fortement de l’esthétique traditionnelle chinoise : temples en ruines, montagnes enveloppées de brume, villages endormis… L’ambiance est feutrée, mais puissante.
La palette de couleurs joue beaucoup avec les tons pastel et les contrastes doux. Pas d’éclats criards ici, mais une harmonie visuelle qui colle à l’atmosphère méditative de l’anime. Même les scènes un peu plus sombres ou violentes gardent cette retenue.
Côté sonore, la bande originale est discrète, mais poignante. Elle soutient parfaitement la narration sans jamais l’écraser. Pas de thèmes épiques, plutôt des mélodies mélancoliques au guqin ou au piano. Les silences sont d’ailleurs utilisés comme de véritables outils de narration.
Enfin, le rythme lent peut surprendre — voire décourager. Mais si tu prends le temps de t’immerger, chaque épisode devient un petit tableau émotionnel.
Réception & avis du public
En Chine, Bai Yao Pu a trouvé son public assez naturellement, surtout auprès des amateurs de récits contemplatifs et de folklore revisité. À l’international, la série reste discrète, mais elle a une petite communauté fidèle qui la défend bec et ongles.
Sur Nautiljon, les retours sont positifs, même si certains regrettent le rythme trop lent ou le côté « tranches de vie surnaturelles » peu habituel. MyAnimeList reflète à peu près la même chose : une note correcte, mais surtout des commentaires qui soulignent l’émotion unique que dégage l’anime.
Ce n’est clairement pas une œuvre mainstream. Mais pour ceux qui prennent le temps de s’y plonger, c’est une expérience à part.
Conclusion
Bai Yao Pu, ce n’est pas un anime comme les autres. Il ne cherche pas à impressionner. Il ne crie pas, il chuchote. Et dans ce chuchotement, il raconte des choses profondes, humaines, parfois douloureuses.
Si tu es à la recherche d’un récit doux-amer, rempli de poésie, d’humanité et de créatures fascinantes, alors fonce. Mais fais-le avec l’esprit ouvert. Ce n’est pas une série qu’on consomme, c’est une série qu’on ressent.
Un vrai bol d’air dans un monde saturé de bruit.













