Bagel Girl fait partie de ces webtoons qui suscitent des réactions variées. Initialement, on pense être face à une simple comédie romantique légèrement sexy, avec un soupçon de fantastique. Cependant, il devient rapidement évident qu’il y a autre chose de plus. Une vraie critique sociale, un fond assez sombre, et des personnages qu’on n’arrive pas à oublier, même une fois l’histoire terminée.
C’est un titre qui divise, c’est clair. Certains adorent, d’autres détestent. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il fait parler. Alors dans cet article, j’ai voulu revenir sur ce webtoon un peu à part : d’où il vient, ce qu’il raconte vraiment, pourquoi il marque, et pourquoi on continue à en parler.
Bagel Girl est un manga, conçue par Nanaland, un artiste reconnu pour ses histoires provocatrices, parfois audacieuses, mais toujours porteuses de sens. Initialement, l’œuvre a été publiée sur la plateforme Lezhin Comics, réputée pour ses récits destinés à un public adulte, généralement de caractère mature. Très vite, Bagel Girl a attiré l’attention grâce à son concept étrange et son humour noir assez assumé.
L’histoire commence avec Bong Gi, un jeune homme misérable, mal dans sa peau, méprisé par les femmes et rejeté par la société. Sa vie bascule le jour où il se transforme — littéralement — en une femme attirante après un mystérieux événement. Ce point de départ complètement loufoque devient le fil conducteur d’un récit qui va bien au-delà de la comédie. C’est une plongée dans les rapports hommes-femmes, dans l’hypocrisie sociale et dans la perception qu’on a de soi.
Le titre « Bagel Girl » vient de l’expression coréenne « bagel-nyeo », qui désigne une femme à la fois « baby face » (visage innocent) et au corps sexy. Ce contraste, très présent dans la culture pop coréenne, est central dans le webtoon : il incarne l’ambiguïté du personnage principal et sert de critique des stéréotypes de genre.
L’œuvre a été traduite dans plusieurs langues et a trouvé un public à l’international, malgré (ou grâce à) ses sujets sensibles et son ton volontairement dérangeant.
Ce qui rend Bagel Girl aussi percutant, c’est d’abord ses personnages. Ils ne sont pas là pour faire joli ou cocher des cases : ils sont dérangeants, maladroits, humains.
Bong Gi, le personnage principal, est un raté. Pas dans le sens caricatural, mais dans celui d’un gars paumé, frustré, maltraité depuis l’enfance, qui s’est peu à peu enfermé dans une bulle d’aigreur. Il n’a pas la langue dans sa poche, il pense souvent le pire, et il n’a rien d’un héros. C’est même difficile de l’aimer au début. Mais c’est justement là que le récit frappe fort : en nous forçant à suivre quelqu’un de toxique, on est obligé de regarder la part sombre que chacun peut avoir.
Quand il se transforme en femme, on assiste à un vrai chamboulement. Il découvre ce que c’est d’être désiré, d’être traité différemment juste à cause de son apparence. Mais il découvre aussi le revers de la médaille : harcèlement, objectification, pression permanente. Sa vision du monde se fissure.
La Bagel Girl, ou la version féminine de Bong Gi, devient presque un personnage à part entière. Elle est belle, attirante, et en même temps piégée dans un corps qui ne lui ressemble pas. Le contraste entre l’apparence et l’esprit reste au cœur de tout le récit. On sent chez elle un mélange de puissance et de fragilité, et c’est souvent dans ses silences ou ses regards qu’on capte le plus d’émotions.
Les autres personnages secondaires, eux aussi, ne sont jamais totalement bons ou mauvais. Ils évoluent, parfois brutalement, parfois subtilement, mais toujours avec une forme de cohérence.
Sous ses airs de comédie décalée, Bagel Girl aborde des thèmes bien plus profonds qu’on pourrait le croire au premier regard. C’est même ce mélange entre légèreté apparente et fond sérieux qui fait toute sa force.
Le premier thème évident, c’est l’apparence. Le webtoon montre à quel point l’image qu’on renvoie change la manière dont les autres nous traitent. Bong Gi, en tant qu’homme, était ignoré ou moqué. En tant que femme séduisante, il devient soudain le centre de l’attention. Mais ce changement n’est pas une victoire : c’est une autre forme de prison. Le physique se transforme en un piège, une façade qui séduit autant qu’elle étouffe.
Puis, il existe une pression sociale. Celle qui incite à répondre à des standards, à être « attrayant », « souhaitable », « conforme ». Bagel Girl critique sévèrement cette quête de perfection, notamment dans le contexte coréen, où l’apparence a un poids considérable dans la réussite sociale.
Autre sujet fort : le genre et l’identité. Le fait que Bong Gi change de sexe du jour au lendemain oblige le lecteur à se poser des questions : qu’est-ce qui fait qu’on se sent homme ou femme ? Est-ce juste le corps ? Le regard des autres ? L’expérience personnelle ? Sans être un manifeste, le webtoon invite à réfléchir, souvent de manière dérangeante, mais sincère.
Enfin, il y a un fond de solitude et de quête de reconnaissance. Tous les personnages, à leur manière, cherchent à exister aux yeux des autres. Et parfois, ils vont très loin pour y parvenir.
Graphiquement, Bagel Girl, c’est pas le truc qui va te scotcher par sa beauté. C’est pas du grand art, mais ça fait le taf. Le dessin est simple, pas trop chargé, et surtout très expressif. On sent bien les émotions dans les visages, et c’est ça qui compte. Les moments de gêne, de colère, ou de malaise… tu les ressens direct dans une expression ou un regard. Pas besoin d’en faire des caisses.
Y’a aussi un vrai bon sens du rythme. Les chapitres se lisent vite, mais sans que ça devienne creux. Le découpage est malin : parfois t’as une case qui prend tout l’écran juste pour une réaction silencieuse, et bam, ça fait son effet. Les cliffhangers à la fin des épisodes sont bien gérés, sans que ça tourne au piège à clic.
Le style de couleur est assez neutre. Pas flashy, pas surchargé. Et c’est parfait comme ça, parce que ça colle à l’ambiance un peu bizarre, un peu malaisante de l’histoire. Rien n’est là pour enjoliver, et quelque part, c’est cohérent avec le fond du récit.
Et puis y’a la voix off, celle de Bong Gi. Très présente, parfois dérangeante, mais toujours sincère. On est dans sa tête, on suit ses pensées, même quand elles sont moches. Ça donne un côté très personnel, limite inconfortable. Mais c’est aussi pour ça que ça marche.
Bagel Girl, c’est le genre de webtoon qui ne passe pas inaperçu. Quand il est sorti, beaucoup l’ont lu un peu par curiosité, pensant tomber sur un truc sexy ou drôle. Et c’est vrai que le pitch de base donne cette impression. Sauf qu’au fil des chapitres, le ton change, et ça en a surpris plus d’un.
Les avis sont divisés, clairement. Certains ont accroché à fond : ils ont vu dans l’histoire une vraie critique sociale, un truc qui ose parler de sujets qu’on évite d’habitude. D’autres, au contraire, ont trouvé ça malsain, parfois gratuit, voire dérangeant. Et en vrai, c’est pas complètement faux non plus. Le ton est cru, parfois brutal. Mais c’est aussi ce qui fait que ce webtoon reste en tête. Il ne cherche pas à plaire à tout le monde, et ça se sent.
En Corée, il a fait pas mal de bruit, surtout sur les forums et les communautés webtoon. À l’international, le bouche-à-oreille a bien fonctionné, notamment grâce aux traductions non officielles qui ont circulé sur Reddit et d’autres plateformes. Il n’a peut-être pas eu une explosion de popularité comme certains gros titres, mais il a su créer un noyau de lecteurs fidèles qui en parlent encore.
Pas d’adaptation en animé pour l’instant, ni de gros produit dérivé. Mais vu le ton de l’histoire, c’est pas très étonnant. Bagel Girl, c’est pas un produit lisse à vendre en figurines. C’est un webtoon qui gratte un peu, et qui reste dans un coin de la tête.
Conclusion
Au final, Bagel Girl c’est un peu comme un miroir déformant. Tu y vois ce que tu veux y voir, mais ça ne cache rien. Ça te fait réfléchir sur l’apparence, sur l’identité, sur la société qui nous juge, même sans qu’on le demande. On commence par sourire, et puis petit à petit, le rire devient plus nerveux, parce qu’on réalise que ce webtoon nous met face à des vérités qu’on n’a pas forcément envie de voir.
Si tu cherches quelque chose de léger ou de « safe », passe ton chemin. Bagel Girl n’est pas là pour te caresser dans le sens du poil. Mais si tu veux une histoire qui te bouscule, qui t’ouvre les yeux sur des thèmes un peu tabous, c’est exactement ce qu’il te faut. C’est pas toujours agréable, mais c’est sincère, et ça fait son travail.
À la fin de la lecture, t’as peut-être pas de réponses toutes faites, mais t’as au moins une bonne grosse réflexion qui te suit. Et ça, c’est déjà pas mal.













